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ATELIERS DE DESSIN |
Pour les ateliers de dessin que je voudrais animer, j'ai choisi la technique du dessin-empreinte parce qu'elle présente plusieurs caractéristiques intéressantes :
• le dessin se réalise en faisant une empreinte au dos de la feuille de papier posée sur une plaque encrée par tous les moyens possibles - avec les doigts, la paume de la main, ou avec des instruments « muets », comme des baguettes chinoises ou des clous émoussés, qui creusent un sillon sans laisser de marque ;
• l'image obtenue est inversée - la droite se retrouve à gauche, et réciproquement - comme pour toutes les estampes (gravure sur bois ou sur linoléum, gravure en taille-douce, lithographie…
• on peut obtenir immédiatement un « tirage » négatif de son image.
Si l'on veut ajouter des couleurs au dessin final, c'est très facile. En effet, l'encre utilisée étant grasse, elle autorise par la suite et sans risque d'altérer le dessin l'utilisation de toutes sortes de peintures à l'eau.
Le principe
En respectant quelques consignes simples, chaque dessinateur va réaliser simultanément un dessin de la dimension de sa feuille de papier et le fragment d'une fresque géante.
Le déroulement
Etape 1 : un dessin pour chacun
Après avoir présenté la technique du dessin-empreinte, je propose un sujet puis j'annonce que, grâce à un procédé magique, chacun va réaliser sans s'en douter deux images à la fois. Il suffit pour cela de respecter une consigne toute simple : les bords droit et gauche de l'image devront être considérés comme des portes ouvertes. Si on leur accole un fragment de personnage (ou de bâtiment, ou d'arbre ou d'un objet quelconque), celui-ci cherchera bientôt à s'échapper en passant par la porte. Chaque dessinateur réalisera donc une image « ouverte », qui semblera achevée mais qui pourra aussi être complétée
ultérieurement.
Etape 2 : une fresque collective
Lors de la série de dessins suivante, chacun aura devant lui l'image d'un autre dessinateur. Il illustrera le sujet choisi tout en veillant à prolonger l'un des deux fragments amorcés par son prédécesseur. Attention, comme le procédé inverse les côtés, il faudra réfléchir au problème des symétries et se rappeler que le bord droit de la feuille posée sur la plaque encrée deviendra le bord gauche de l'image retournée. Vous me suivez ?
Ainsi, dès la deuxième série, on peut déjà mettre bout à bout les dessins, et on peut ainsi former une image longue de plusieurs mètres. Ce sont ces sortes de cadavres exquis dessinés que j'ai choisi d'appeler des débordements.
Si, au début de l'atelier, on décrit aux participants le dispositif entier et si l'on met en place une concertation préalable des dessinateurs avec prédécoupage collégial de la fresque finale, il est possible, dès la première série de dessins, d'obtenir d'intéressants débordements.
Des sujets variés
Etudions maintenant les sujets proposés, du plus simple au plus sophistiqué, avec toujours cette injonction :
« Attention, il faut que ça déborde ! »
• « Dans ma ville, il y a une rue longue, longue… »
Il s'agira pour chacun de représenter une scène de rue. Les trottoirs seront parallèles au bord supérieur de la feuille prise dans le sens de la longueur et se prolongeront d'un dessin à l'autre. A chaque bord, l'amorce d'un personnage, d'un bâtiment…
• « Et moi et moi et moi »
La feuille sera placée dans le sens de la hauteur. Chaque dessinateur fera son autoportrait en pied au centre de l'image et reléguera sur les bords la demi-tête de ses deux voisins. On verra alterner plusieurs échelles, le plan large et le gros plan.
• « Les géants »
Cette fois-ci, le bord inférieur aussi est perméable. On commencera par dessiner en très gros plan la tête d'un personnage en amorçant vers le bas, la droite et la gauche son cou et ses épaules. Puis on dessinera en plusieurs étapes son corps jusqu'à ses pieds. On pourra, pour compliquer l'affaire, décider que ces géants se donnent la main. D'autre part, il sera intéressant d'intégrer de petits personnages et des arbres ou des maisons qui prendront place sur leurs corps. Evidemment, même à une plus petite échelle, ces « modèles réduits » se feront un plaisir de déborder...
• « Le grand bazar »
Chaque participant est un oiseau et survole le grand marché de la ville. Les quatre bords de la feuille de papier sont désormais ouverts. On pourra compter les citrons verts, les savonnettes, les poules, les vis et les clous, les ventilateurs, les radios, les chèvres, les sachets d'eau fraîche, et toute la foule des commerçants et de leurs clients. Si le point de vue est déconcertant, il offrira d'intéressantes trouvailles pour figurer la perspective.
Il est bien sûr possible d'imaginer une infinité d'autres sujets.
D'autres pistes et prolongements
Comme nous l'avons vu, le procédé du dessin-empreinte permet aussi de réaliser des tirages négatifs, qu'il sera possible d'intercaler avec les positifs.
Lors de la rencontre Z'Arts, à Ziguinchor en 2004, avec les artistes sénégalais Séa Diallo et Omar Camara, nous avons joué à organiser le dessin pour que sa contre-épreuve ait l'air d'un positif, en ne dessinant que les lumières, sans représenter les contours.
De cette façon, nous obtenions des images à dominante noire qu'il devenait très étrange d'associer à des positifs. Ainsi, avec les plus audacieux, on pourra par exemple imaginer de représenter notre « grand bazar »… la nuit. Enfin, la nature grasse de l'encre employée permettra de peindre à l'eau les assemblages de dessins et varier les effets produits à l'infini.
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Matériel
Pour un groupe de 8 stagiaires, prévoir
• 10 plaques de verre de format 18 X 27 cm,
• des cartons ondulés d'emballage,
• du papier machine de format A4. Si on peut disposer de feuilles de format A3 ou plus grand, ce qui est encore mieux, on adaptera la taille des plaques de verre.
• white spirit + chiffons + essuie-tout.
• pointes diverses : piquants de porc-épic, baguettes chinoises ou morceaux de bois taillés, clous moulés. On peut aussi utiliser des stylos à bille ou des crayons à papier mais il est plus intéressant de ne découvrir son dessin qu'au moment de le décoller. On ressent ainsi une plus grande liberté et le procédé conserve toute sa magie.
Si on en trouve sur place (dans un imprimerie), de l'encre offset. A défaut, je peux en acheter à Paris. Je me chargerai également de l'achat des 2 rouleaux nécessaires (1 pour l'encrage, 1 pour obtenir les contre-épreuves).
Pour un groupe d'adultes, prévoir en plus tout autre type de matériel à définir avec les participants. |
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